6/ Le fondateur de l'Eglise



Qui a fondé l'Eglise universelle, qui a donné l'impulsion à ces premiers disciples de Jésus-Christ, les engageant à répandre son message d'espérance de par le monde ?
La première question à se poser est : Jésus a-t-il voulu fonder une nouvelle religion ? Sans doute pas. D'ailleurs, il n'est pas venu remettre en question la Loi juive (la Thora), mais a voulu la purifier de tout un ensemble de rites encombrants qui contribuaient à la dénaturer de son sens premier : valoriser la relation privilégiée entre l'homme et Dieu.
« Le sabbat a été fait pour l'homme, non pas l'homme pour le sabbat ! » disait Jésus. Sous-entendu : les rites ne doivent pas représenter des contraintes ; mais permettre à l'homme de se rapprocher de Dieu, en toute liberté, sans hypocrisie ou esprit opportuniste (à vouloir obtenir des grâces divines).
Jésus était-il convaincu d'être l'élu de Dieu, son prophète, le Messie d'Israël, voire –ce qui est inconcevable pour un Juif- le propre Fils de Dieu ? Ce qui est certain, c'est qu'il croyait vraiment avoir reçu de Dieu une mission. Il possédait une intelligence singulière de Celui qu'il nommait Père. Cependant, revendiquait-il une quelconque filiation directe, exclusive, avec Dieu, Père de tous les hommes ?
Sa mission concernait d'abord les « brebis perdues d'Israël ». Avait-il à l'esprit le sort de toute l'humanité ? Sans doute, car la Bonne Nouvelle s'adresse à tout homme. Sa vision était peut-être universelle, mais lui-même n'a quasiment jamais franchi les frontières de Palestine.
Cette mission semble se terminer par un échec : son arrestation et son exécution. Et pourtant, les disciples qui s'étaient cachés, ou s'étaient dispersés après sa mort, se réunissent à nouveau, bouleversés par les témoignages de ceux qui affirment avoir vu Jésus vivant. L'espoir renaît. Des communautés se forment, encouragées par les apôtres pleins de zèle, comme Pierre et Paul qui annoncent la résurrection du Seigneur. Un message d'espérance, une vie communautaire, une liturgie, une théologie s'établissent. L'Eglise est en train de se structurer avec des responsables, évêques, diacres.

Paul, pharisien à l'origine, rallié « miraculeusement » à Jésus-Christ, est un des principaux « promoteurs » de cette Eglise naissante. Il va de communauté en communauté, ou envoie des lettres d'exhortation (épîtres) pour vivifier leur foi au Christ.
Son existence aurait été bouleversée par la révélation violente de ce Jésus qu'il persécutait au travers de ses disciples. Aveuglé par une vision christique sur le chemin de Damas, il recouvre ensuite la vue, mais surtout il découvre en Jésus le Fils de Dieu. Dès lors, il est obsédé par cette mission qu'il aurait reçue de Jésus en personne. Ce n'est pas l'homme Jésus qui l'intéresse. D'ailleurs, il ne l'a jamais connu de son vivant. C'est l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, qu'il reconnaît comme seul Sauveur.
Il veut se faire admettre comme apôtre à part entière, allant jusqu'à rencontrer les compagnons de Jésus à Jérusalem. Son but est de convertir ses frères juifs ; mais devant les échecs qu'il rencontre, il se tourne alors résolument vers les nations païennes.
Paul apparaît comme un être fougueux, un passionné, « illuminé » par cette expérience spirituelle renversante. C'est une personnalité forte, dominatrice. Il veut imposer sa conception du Christ, la façon dont les communautés doivent vivre leur foi dans le Ressuscité. A lui de donner le cap, de marquer son empreinte au nom de l'amour de Jésus-Christ. Son influence sera déterminante pour l'avenir de l'Eglise. Dès lors, on peut sérieusement se poser la question : n'est-ce pas Paul son véritable fondateur ?

# Posté le mercredi 06 mai 2009 03:46

Modifié le mercredi 10 juin 2009 07:13

5/ Les miracles


Comment approfondir la personnalité de l'homme Jésus (Ieschoua, en araméen) ? Déjà, faut-il mettre entre parenthèses cette dimension glorieuse, toute divine, dont les évangiles ont auréolé Jésus. Ceux-ci ont enrichi ses paroles et ses actes d'un enrobage théologique, de scènes au caractère purement symbolique et d'affirmations doctrinales, avec l'ambition de faire reconnaître Jésus comme le Fils de Dieu, le seul Sauveur. Dès lors, identifier les paroles et les gestes authentiques de Jésus dans les évangiles est loin d'être évident.
Il est préférable de faire l'impasse sur les évangiles de l'enfance, véritables constructions symboliques, trop imagés ; d'éviter les phénomènes surnaturels (à l'exception de "miracles", dont il sera question plus loin), d'ignorer les prodiges, les références opportunes aux prophéties, les évocations du Fils de Dieu, les annonces anticipées (ou pré-évènementielles) de sa résurrection le troisième jour, et les allusions anachroniques en référence à l'organisation et aux persécutions des premières communautés chrétiennes.
Par « prodiges » j'entends des scènes extraordinaires, des manifestations sensationnelles dont l'évocation a pour but de fasciner, de faire adhérer totalement à la personne divine de Jésus. Ainsi, ces démons qui, sur son ordre, entrent dans des porcs se précipitant dans la mer, ou Jésus tenté par Satan dans le désert ; ces récits exprimant la supériorité du Christ sur le Mal. Et encore, Jésus marchant sur les eaux, ou apaisant la tempête ; ce qui signifie que le Fils de Dieu domine les éléments, la création, les forces de la nature. Plus fort encore, l'intervention directe du Père, dans une nuée, lors du baptême de Jésus, puis lors de la Transfiguration, le désignant comme son « Fils bien-aimé ». Les récits de guérisons et de retours à la vie contribuent également à l'image de celui qui détient du Père le pouvoir de vie.
Dans « Etre Jésus » (Ed. Robert Laffont), M. de Smedt et J.M. Varenne écrivent : « Le signe, le symbole renvoie à ce moment d'une expérience vécue intensément, mais intraduisible en mots. Dans cette optique du signe conduisant vers une réalité suprasensible, il faut relire l'épisode sur le mont Thabor » (Transfiguration).
Cependant, que Jésus ait ainsi fasciné ses contemporains suppose qu'il soit apparu à leurs yeux comme un personnage exceptionnel, d'une intelligence remarquable, un maître familier de la Torah, un sage, un mystique et un prophète inspiré par Dieu, un homme, enfin, convivial, mais aussi provocateur, ayant le sens de la répartie, le talent d'orateur, sachant émouvoir et convaincre ses auditeurs, les touchant moralement et même physiquement. D'où ses pouvoirs de thaumaturge capable de redonner confiance aux faibles, force aux fragiles, de guérir des malades (autosuggestion ?) et de libérer les âmes possédées par des démons (en fait, des hystériques, dans la mesure où l'hystérie emprunte ses symptômes à d'autres pathologies : épilepsie, paralysie, cécité, surdité, mutisme, catalepsie. L'hystérique exprime sa souffrance psychique par « conversion » à travers la souffrance physique de son corps). Jésus possédait sans doute le pouvoir de persuasion indispensable pour libérer ces malades de leur prison intérieure. On peut ainsi accorder du crédit à certains « miracles » qu'on pourrait qualifier de vraisemblables.
Le philosophe et théologien Claude Tresmontant écrivait dans « L'Enseignement de Ieschoua de Nazareth » : « Ce qu'on appelle « miracle » (du latin minari : ce dont on s'étonne, ce qu'on admire), ou « prodige », ce que le Nouveau Testament grec appelle plus volontiers signe (sêméion), n'est pas, en ce qui concerne le rabbi palestinien Ieschoua, une opération qui viole les « lois naturelles », ni le « déterminisme » de ces lois. Les seuls « miracles » du rabbi Ieschoua sont des guérisons, et pas n'importe quelles guérisons : les miracles du rabbi sont des régénérations. Si ce que les traditions nombreuses nous rapportent de lui est vrai, alors il avait le pouvoir de régéner ce qui était malade, de ré-informer, du dedans, ce qui était déformé, et de rétablir les « lois naturelles » physiologiques abîmées. En somme, il avait le pouvoir de recréer, de réorganiser ce qui avait été organisé et qui s'était désorganisé.»
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# Posté le mardi 05 mai 2009 02:19

Modifié le mardi 05 mai 2009 02:39

4/ Les Evangiles

Il faut d'abord bien réaliser que les évangiles sont des documents aux ambitions diverses (pour l'usage liturgique, la fortification de la foi, voire la propagande, le prosélytisme). Rapidement, les premières communautés chrétiennes ont aspiré à mettre par écrit les paroles de Jésus (logia), ses enseignements, qui circulaient de bouche à oreille. Par la suite, ces paroles ont été intégrées dans un ensemble plus structuré, basé plus ou moins directement sur les évènements rapportés par des témoins de la vie de Jésus.
Il y eut de nombreux évangiles, mais seuls quatre ont été reconnus « canoniques » par l'Eglise, et donc fiables, si on peut parler de fiabilité à leur sujet : ceux de Marc, Matthieu, Luc et Jean. Tous les autres évangiles, nombreux, ont été rejetés (les apocryphes).
Ces quatre évangiles correspondent à différentes communautés, géographiquement éloignées les unes des autres dans le monde méditerranéen : la Palestine avec Jérusalem, la Syrie avec Antioche, Rome, l'Egypte, l'Asie mineure avec Ephèse. Des communautés dont les activités, les préoccupations étaient distinctes, comme leur langue, leurs coutumes et traditions, leur philosophie et croyance ancestrale, leur sensibilité, leur organisation, et même les adversaires auxquels elles étaient confrontées. Ainsi donc, chaque évangile (écrit par des lettrés en grec) est le reflet d'une communauté spécifique, et cherche à répondre à ses besoins, ses interrogations propres.
Les éléments récupérés pour reconstituer les actes et paroles de Jésus sont variés, disparates, incomplets, voire contradictoires. Les exégètes ont émis bien des hypothèses pour tenter de découvrir l'origine commune de ces évangiles (la fameuse source Q, de Quelle en allemand), un proto-Matthieu araméen, qui serait l'évangile originel, à partir duquel les évangiles auraient été construits, par couches rédactionnelles successives, jusqu'à ce que l'Eglise les figent en les reconnaissant officiellement.
Mais il est très difficile de reconstituer la chronologie de la vie missionnaire de Jésus, du fait des imprécisions, des contradictions entre les évangiles. Et il est fort probable que leurs différents rédacteurs ont repris les paroles du maître tout en les étoffant, voire les déformant, selon leurs intentions théologiques et ecclésiales. Il en va de même des actes de Jésus, à interpréter de façon symbolique lorsqu'ils expriment cette dimension divine que veulent attester les évangiles. Ainsi, les récits de l'enfance, les noces de Cana, la transfiguration de Jésus, sa marche sur les eaux, la multiplication des pains, les récits de retour à la vie de la fille de Jaïre ou de son ami Lazare. Les miracles (prodiges) revêtent souvent une dimension symbolique, jusqu'à la propre résurrection du Christ.
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# Posté le lundi 04 mai 2009 07:26

Modifié le jeudi 07 mai 2009 10:52

3/ Le Fils de Dieu ?

L'Eglise catholique universelle, et toutes les autres Eglises (orthodoxes, protestantes) qui constituent l'ensemble des communautés chrétiennes de part le monde, aussi différentes soient-elles, représentent des institutions, des organisations dont la prétention essentielle est de transmettre l'Evangile, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.
Mais cette Eglise (ou cet ensemble d'Eglises) correspond-elle au désir de son fondateur, si Jésus en est bien le fondateur d'ailleurs ? Il est bien peu probable que toutes les paroles de Jésus dans les évangiles soient authentiques, qu'il les ait toutes réellement prononcées. Ainsi, la fameuse sentence : « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ! », tellement solennelle, qui justifie si aisément le choix de l'apôtre Pierre pour diriger cette "Eglise" jusqu'à Rome. Il ne faut pas oublier d'ailleurs sa rivalité avec Jacques, le propre frère de Jésus, responsable de la première communauté des disciples, à Jérusalem, tous juifs comme lui. Certains se sont attachés à Pierre, le fidèle compagnon de Jésus, même si on ne peut oublier son reniement lors de l'arrestation du Maître. Mais, c'est sans doute sa communauté qui a remanié les propos de Jésus dans l'évangile, pour que la prédominance de Pierre sur les autres apôtres apparaisse sans conteste.
Après la mort de Jésus, Saül de Tarse (Paul), juif zélé à persécuter les chrétiens, puis miraculeusement converti au Christ, s'auto-proclame apôtre, même s'il n'a jamais connu Jésus de son vivant. En fait, il sait peu de choses sur l'homme Jésus, mais il est convaincu qu'il est le Fils de Dieu, pour en avoir eu la révélation sur le chemin de Damas. Alors, inlassablement, au péril de sa vie, il va évangéliser tout le pourtour méditerranéen et convertir des païens. Il devient ainsi le chef de file de la cause des nouveaux chrétiens, non issus du monde juif. D'où de nombreuses frictions avec la communauté de Jérusalem sur des questions comme la circoncision. Si on lit les évangiles entre les lignes, on peut déceler ces tensions des chrétiens entre eux, mais aussi avec les juifs pharisiens. En effet, les judéo-chrétiens (juifs disciples de Jésus) passaient pour des idolâtres sectaires aux yeux des autres juifs, qui niaient la résurrection de Jésus et bien sûr sa divinité.

Dès le début de l'Eglise, il n'a pas été évident pour les premiers chrétiens de croire que Jésus était le Fils de Dieu. Si Dieu est unique, il a fallu tout un cheminement théologique pour parvenir à un Dieu en trois personnes : Père, Fils et Esprit. Croire en la résurrection du Christ (le Messie d'Israël, Sauveur de l'humanité) était une chose, l'assimiler à Dieu, en était une autre. C'est l'audace de croyants comme Jean ou Paul qui ont engagé les premiers chrétiens a osé penser que le Verbe de Dieu (sa parole) s'était fait chair en un homme, Jésus ; et que ce Jésus était à la fois homme et Dieu. Bien des débats ont animé les premières communautés chrétiennes, et il a fallu que les Pères de l'Eglise se réunissent en conciles (comme celui de Nicée en 325), pour entendre affirmer officiellement la nature à la fois humaine et divine de Jésus-Christ, au sein de la Sainte-Trinité.
Ainsi, cette affirmation fondamentale, au centre de la foi chrétienne, a connu, dès l'origine, des opposants parmi les chrétiens eux-mêmes. Minoritaires, ceux-ci ont été marginalisés, et même persécutés pour oser nier la divinité du Christ Jésus. Mais, si on reprend les évangiles, on peut raisonnablement supposer que les allusions, les affirmations au sujet de Jésus Fils de Dieu, de sa part, de celle de ses disciples ou d'autres (comme le centurion au pied de la croix), sont des insertions, des rajouts dans une pure intention doctrinale. Au fil des évangiles, on devine bien des hésitations, des réserves, des non-dits dans la bouche même de Jésus ; ce qui laisse supposer que lui-même était dubitatif sur sa propre nature. Qui pensait-il vraiment être ? Un simple rabbi, un mystique, un prophète inspiré par Dieu, son élu, le Messie désigné par le Père pour délivrer son peuple (Israël ou l'humanité entière ?), ou finalement le propre Fils de Dieu ?
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# Posté le mardi 28 avril 2009 04:17

Modifié le mardi 05 mai 2009 02:46

2/ Ressuscité ?

Si Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine ! disait St Paul. Or, la religion chrétienne trouve son fondement dans cet évènement : Jésus, mort sur la croix, est apparu Vivant à ses disciples. Remplis de l'Esprit-Saint, et envoyés en mission par celui qu'ils reconnaissaient comme leur Seigneur, ils ont propagé la Bonne Nouvelle (l'Evangile) jusqu'aux confins du monde, parfois au sacrifice de leur vie.
Pour les païens et même pour les juifs, ces chrétiens étaient des fous, des blasphémateurs, comme leur maître crucifié. Surtout que les premiers de ces chrétiens étaient justement eux-mêmes juifs. Comment pouvaient-ils croire en Jésus comme étant le Fils de Dieu ? L'Eternel est unique ! Nous sommes tous enfants de Dieu, mais personne ne peut revendiquer être semblable à Lui. Jésus avait été un homme exceptionnel, mais il n'en restait pas moins un homme. Il ne pouvait être revenu du royaume des morts. Sans doute ses proches étaient venus de nuit, en cachette, retirer son corps du tombeau où il avait été déposé provisoirement, en hâte, avant le Sabbat, et l'avaient enterré en quelque endroit secret...
Quelle force les avait donc poussé à faire courir le bruit que Jésus était ressuscité, qu'il vivait d'une vie nouvelle, dans un corps glorifié, déjà entré dans l'Eternité ? Les quatre évangiles canoniques rendent d'ailleurs compte des évènements de Pâques de façons fort différentes, voire contradictoires. Chaque communauté chrétienne à l'origine de ces textes semble se distinguer des autres pour exprimer l'évènement de la Résurrection de ce Jésus insaisissable, indéfinissable, dans l'état déconcertant de celui qu'ils connaissaient, mais qui se révélait désormais tout autre. Cela, comment l'exprimer, le faire comprendre, le faire croire ?
Cette expérience extraordinaire du Ressuscité qui se révèle, les évangélistes tentent de la rendre compréhensible en utilisant des métaphores, des images. La transfiguration (qui se veut une préfiguration de la Résurrection du Christ), le jeune homme en blanc ou les anges au tombeau, Jésus apparaissant à ses disciples, montrant ses mains et ses pieds transpercés par les clous, mangeant avec eux du poisson sur la plage, son ascension... autant de récits à portée symbolique pour exprimer l'inexprimable : la présence réelle de celui qui a vaincu la mort. Pour les chrétiens, Jésus demeure avec eux vivant, par-delà l'apparente absence.
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# Posté le lundi 27 avril 2009 05:20

Modifié le lundi 04 mai 2009 07:23