Qui a fondé l'Eglise universelle, qui a donné l'impulsion à ces premiers disciples de Jésus-Christ, les engageant à répandre son message d'espérance de par le monde ?
La première question à se poser est : Jésus a-t-il voulu fonder une nouvelle religion ? Sans doute pas. D'ailleurs, il n'est pas venu remettre en question la Loi juive (la Thora), mais a voulu la purifier de tout un ensemble de rites encombrants qui contribuaient à la dénaturer de son sens premier : valoriser la relation privilégiée entre l'homme et Dieu.
« Le sabbat a été fait pour l'homme, non pas l'homme pour le sabbat ! » disait Jésus. Sous-entendu : les rites ne doivent pas représenter des contraintes ; mais permettre à l'homme de se rapprocher de Dieu, en toute liberté, sans hypocrisie ou esprit opportuniste (à vouloir obtenir des grâces divines).
Jésus était-il convaincu d'être l'élu de Dieu, son prophète, le Messie d'Israël, voire –ce qui est inconcevable pour un Juif- le propre Fils de Dieu ? Ce qui est certain, c'est qu'il croyait vraiment avoir reçu de Dieu une mission. Il possédait une intelligence singulière de Celui qu'il nommait Père. Cependant, revendiquait-il une quelconque filiation directe, exclusive, avec Dieu, Père de tous les hommes ?
Sa mission concernait d'abord les « brebis perdues d'Israël ». Avait-il à l'esprit le sort de toute l'humanité ? Sans doute, car la Bonne Nouvelle s'adresse à tout homme. Sa vision était peut-être universelle, mais lui-même n'a quasiment jamais franchi les frontières de Palestine.
Cette mission semble se terminer par un échec : son arrestation et son exécution. Et pourtant, les disciples qui s'étaient cachés, ou s'étaient dispersés après sa mort, se réunissent à nouveau, bouleversés par les témoignages de ceux qui affirment avoir vu Jésus vivant. L'espoir renaît. Des communautés se forment, encouragées par les apôtres pleins de zèle, comme Pierre et Paul qui annoncent la résurrection du Seigneur. Un message d'espérance, une vie communautaire, une liturgie, une théologie s'établissent. L'Eglise est en train de se structurer avec des responsables, évêques, diacres.
Paul, pharisien à l'origine, rallié « miraculeusement » à Jésus-Christ, est un des principaux « promoteurs » de cette Eglise naissante. Il va de communauté en communauté, ou envoie des lettres d'exhortation (épîtres) pour vivifier leur foi au Christ.
Son existence aurait été bouleversée par la révélation violente de ce Jésus qu'il persécutait au travers de ses disciples. Aveuglé par une vision christique sur le chemin de Damas, il recouvre ensuite la vue, mais surtout il découvre en Jésus le Fils de Dieu. Dès lors, il est obsédé par cette mission qu'il aurait reçue de Jésus en personne. Ce n'est pas l'homme Jésus qui l'intéresse. D'ailleurs, il ne l'a jamais connu de son vivant. C'est l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, qu'il reconnaît comme seul Sauveur.
Il veut se faire admettre comme apôtre à part entière, allant jusqu'à rencontrer les compagnons de Jésus à Jérusalem. Son but est de convertir ses frères juifs ; mais devant les échecs qu'il rencontre, il se tourne alors résolument vers les nations païennes.
Paul apparaît comme un être fougueux, un passionné, « illuminé » par cette expérience spirituelle renversante. C'est une personnalité forte, dominatrice. Il veut imposer sa conception du Christ, la façon dont les communautés doivent vivre leur foi dans le Ressuscité. A lui de donner le cap, de marquer son empreinte au nom de l'amour de Jésus-Christ. Son influence sera déterminante pour l'avenir de l'Eglise. Dès lors, on peut sérieusement se poser la question : n'est-ce pas Paul son véritable fondateur ?